Isabelle Chevalley cuisine pour les démunis – Le Matin

Solidarité, c’est le maître mot que prône Isabelle Chevalley. La conseillère nationale des Vert’libéraux en appelle à la responsabilité des distributeurs pour faire don de leurs invendus et stopper le gaspillage. «Ils doivent apprendre à gérer leurs stocks», insiste la politicienne. Un postulat qu’elle souhaite soumettre cette semaine au Parlement.

Elle a révélé son projet en exclusivité au «Matin», lors d’un reportage sur un pari lancé, dans le cadre d’une campagne du WWF, de promouvoir des gestes écologiques. La politicienne a proposé de mijoter 100 portions de ratatouille en conserve pour les Cartons du Cœur si 1000 personnes n’achetaient que des légumes régionaux de saison durant un mois. Une action simple et concrète qui donne le bon exemple aux citoyens.

Moins de 500 personnes ont relevé le défi, mais Isabelle Chevalley a tenu parole et préparé 32 pots. «Même si le nombre n’y est pas, j’aurai fait ma part du jeu. C’est une démarche volontaire, explique-t-elle, le WWF m’avait proposé de tondre la pelouse du Stade de Genève, vous me voyez faire ça?» plaisante-t-elle, s’attelant à découper en dés ses légumes.

Un réflexe de grand-mère

Des tomates, des aubergines, des poivrons et du basilic: la conseillère nationale est allée les cueillir elle-même chez un producteur local, à la ferme des Pralies d’Arnex-sur-Nyon, qu’elle a connue pendant une de ses campagnes contre les OGM. Et, quand la politicienne s’offre une balade parfumée parmi les 5000 m2 de serres aux 50 sortes de tomates, elle en profite pour en croquer quelques-unes avec gourmandise.

«Ça, c’est de la saveur! Les gens veulent retrouver le goût des vraies choses. Aujourd’hui, on vit dans une société hors sol», insiste-t-elle, avant d’acheter 20 kg de victuailles 100% bio pour concocter ses fameuses conserves.

La conserve de ratatouille, «c’est un réflexe de grand-mère qu’on a oublié, ça consomme peu d’énergie et ne coûte pas cher, 3 à 4 francs par portion, vite prêt et se garde deux ans sur une étagère à la cave», commente-t-elle, en se brûlant les mains à remplir ses bocaux. Si Isabelle Chevalley se donne tant de peine – elle a passé son vendredi soir et son samedi aux fourneaux – c’est qu’elle est déterminée à faire changer les choses.

Ne pas oublier les démunis

«La Suisse est un pays qui déborde de tout. J’aimerais sensibiliser les gens au gaspillage, il ne faut pas oublier qu’il y a des personnes dans le besoin», lance-t-elle face à Nicole Meylan, responsable des Cartons du Cœur à Lausanne. Dans le petit local de la route de Genève, Nicole Meylan et ses bénévoles découvrent la démarche généreuse. «C’est une magnifique surprise!» s’exclame-t-elle à la vue des 32 pots de ratatouille que la politicienne est venue déposer.

Une scène mémorable, surtout quand Isabelle Chevalley lui donne ce conseil maladroit: «Dites bien aux gens qu’ils peuvent faire des conserves avec des légumes.» La responsable des Cartons du Cœur lui fait remarquer: «C’est gentil, mais les gens n’ont parfois pas les moyens de s’acheter des légumes.» Ce qui n’a pas pour autant déstabilisé la conseillère nationale dans son élan, bien décidée à obliger les supermarchés suisses à valoriser la nourriture qui n’est plus comestible, au compostage ou en biogaz.

Quant à la réutilisation, Nicole Meylan estime aussi qu’elle serait la bienvenue, même si «la Centrale d’alimentation régionale de Lausanne (CARL) nous aide déjà beaucoup à obtenir des invendus et à remplir les 60 cartons à distribuer par semaine.» Et à humer les petits pots fraîchement cuisinés, nul doute que la ratatouille d’Isabelle Chevalley ne va pas moisir sur les étagères du local de l’association. – (Le Matin)